Qu’est ce que ces images donnent à voir ? Des visages. Des masques. Composés de couleurs et de perles de soin. Cela raconte le jeu. Le plaisir, la fascination peut-être, qu’il y a à faire masque, dessiner des ombres, créer des couleurs, rehausser la lumière, modifier les textures… se faire belle, c’est à dire se composer un visage, faire face autrement. Parce que le discours des marques est souvent injonctif et sans doute anxiogène, cette série a quelque chose de réjouissant. Là, en hivers. Peut-être.

Mais ces images ne montrent pas que des visages. En se superposant, elles se mettent en scène elles-mêmes. Non pas une image, mais un décuplement d’images. L’image mise en flux. L’image révélant sa minceur, l’image surface. Elle aussi, propose le jeu, la fascination, l’invention d’un langage…

Alors je les ai cherchées, ces images Sephora, comme les autres images, celles des corps en lingerie, dans les banlieues, au bord des nationales, là où l’urbain perd ses feux… Là, elles aussi ont révélé une autre nature. Soudain le masque cesse d’être totalement réjouissant.

Bien évidemment, il évoque une sorte de pouvoir tribal. Une magie qui tournerait au noir malgré elle. Le maquillage perd sa dimension purement ludique pour dire sa nature sociale, le pouvoir qui le sous-tend.

Le masque fascine parce qu’il évoque quelque chose de plus tout à fait humain – ou justement, de terriblement humain. Ces images, tout en convoquant le flux, la vitesse, le jeu, l’instant, l’impermanence, une forme de légèreté de l’être, trahissent quelque chose de plus prégnant, la façon dont, inévitablement, on crée de l’étrange à être soi dans le visage, ce masque inévitable, cet autre à la surface de nous mêmes.

Cela faisait longtemps qu’une campagne beauté n’en avait autant dit sur la beauté ! Elle n’aura duré que 7 jours.

  • Agence : BETC
  • Directrice de Création : Florence Bellisson
  • Photographe : Miles Aldridge

Ah, j’allais oublier:

Lise Charmel 2013