Revenons à la réalité.

La beauté n’est pas une question cosmétique! Enfin, pas directement.

Le cosmétique a plusieurs fonctions. Il peut être décoratif (maquillage), hygiénique (savon) ou cosméceutique ( !) – protéger, inhiber ou stimuler la physiologie cutanée pour parfaire la texture et l’éclat de la peau. Si l’on classe généralement toutes ces occurrences dans la grande catégorie des produits de beauté, il n’est pas certain que la beauté soit directement ou quotidiennement l’objet de ces différents produits. Il n’est pas dit, par exemple, que la routine hygiène-soin-maquillage-parfumage du matin ait explicitement pour objectif de produire de la beauté. Il est possible qu’il s’agisse, plus simplement, d’habiller sa peau, comme on habille sa nudité. Il est possible que le rituel consiste à se faire un visage. Un masque qui serait notre identité, celle que l’on affiche, que l’on donne à voir, par laquelle on communique avec les autres… Sans cela on se sent nu : « je ne ressemble à rien, je ne peux pas sortir comme ça ! »

La beauté vient bien après. A la racine du geste, il y a d’abord une fragilité, un dénuement, une exposition impossible. La nécessité de faire face – proposer un visage acceptable par soi même puis par les autres… Et c’est par la peau que cela commence.

Le vêtement, celui qui nous donne de la tenue, celui qui nous donne l’air du temps, participe de la même idée. Dans la construction de notre identité, le cosmétique et la mode travailleraient donc sur le même objet.

Pour comprendre où cela se joue, il est intéressant de s’arrêter à un produit frontière, le parfum. On s’est vêtu de 2 gouttes de Chanel nr 5. Le parfum est une création de mode. On a su résumer au parfum tout le rituel du soin. Le parfum est un produit cosmétique.

Produit frontière donc. Or, étonnamment, au royaume des apparences, le parfum a ceci de particulier qu’il est de substance invisible et… impalpable. Et pourtant, sans lui, ni mode ni beauté ne seraient tout à fait complets.

J’aimerai alors formuler une hypothèse : ce qui vaut dans la mode et les cosmétiques tient à une réalité que l’on ne peut voir. L’essentiel de notre apparence serait dans l’invisible !

Et c’est précisément pour cela qu’il y a bien une rencontre possible entre la mode et le cosmétique au-delà de la réalité concrète, « solide » des produits. Quelque chose de l’ordre de l’enveloppe, de la seconde peau, de la peau psychique… se construit comme une émanation des couches visibles dont on recouvre notre nudité !

L’invisible a ici une substance, une vraie présence. J’aime cette idée qu’à la fin du XIXème siècle, alors que les silhouettes s’allongent, les odeurs se renforcent. Comme si elles devaient compenser la perte de présence qu’induisaient les nouvelles formes de la mode. Aujourd’hui les parfums charnels ou très « natures » joueraient ils en contrepoint d’une réalité en mal de réel ?

On fait quotidiennement l’expérience de ces enveloppes invisibles. Le style, l’allure, le charisme, la présence d’une personne ne sauraient se réduire à ses vêtements, à ses fards ou aux soins qu’elle consacre à sa peau. L’apparence produit donc quelque chose au-delà du visible.

Et cette apparence invisible n’est pas seulement perçue par l’autre. Souvenons nous : il s’agit d’abord de recouvrir une nudité, de parer une fragilité. Cette enveloppe invisible est d’abord de l’ordre de la projection subjective.

La seconde peau n’est ni un sous-vêtement, ni un fond de teint. C’est un objet psychique qui fonde notre identité !

Retour au rêve…

Si le cosmétique a une fonction seconde peau, l’innovation produit ne saurait viser de strictes fonctionnalités décoratives, hygiéniques ou cosméceutiques. Le soin devrait offrir l’expérience concrète et sensible de cette seconde peau qui s’élabore… De ce point de vue, le cosmétique doit pouvoir tendre vers la mode… Celle qui fait notre style, celle qui revendique l’universel dans le parti pris du créateur, celle qui clame l’intemporel dans l’éphémère… Et c’est de cette rencontre que peut naître, parfois, la beauté…

En somme, ce serait par l’esprit de mode, et non par la science, que la beauté adviendrait au cosmétique… Scandale !

La notion de seconde peau nous aide à saisir 3 idées :

Idée nr 1 : Redéfinir le sujet de mode et beauté en mode et cosmétique

Idée nr 2 : La seconde peau, et non la beauté, est le véritable objet de la cosmétique

Idée nr 3 : Le cosmétique ne peut produire de la beauté sans intervention du geste créateur - par-delà le geste scientifique.

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