Ces 20 dernières années, l’industrie cosmétique a développé la connaissance scientifique de la peau à une vitesse sidérante. Laissant d’une certaine manière loin derrière elle l’objet cosmétique proprement dit. Une manière d’auto-dépassement dont on ne mesure sans doute pas encore tous les effets.

Suivez moi… D’un côté, les promesses sont toujours les mêmes (éclat de la peau, diminution des rides…) – un soupçon plus audacieuses peut-être (froissée de la joue, irrégularités du menton,…) ? Les textures ont fait de jolis progrès, c’est vrai… Mais, globalement l’expérience produit n’est pas radicalement différente… et le doute continue de travailler les consommatrices – est ce vraiment efficace ?

D’un autre côté, le corpus scientifique, l’arsenal de moyens d’investigation, les stratégies biologiques ont, eux, considérablement évolué.

Mais l’expliciter reviendrait à gâcher un peu le plaisir – il n’est pas certain que le discours sur le luxe, le soin précieux, souffre de se dérouler en regard de l’argument scientifique – dût il concerner le savoir le plus récent sur les cellules souches. Ce serait peut-être aussi flirter avec la marge (cosméceutique) du genre…

Au fond, cela me rappelle un peu « une histoire immortelle » d’Orson Welles – un riche marchand entreprend de donner vie à une légende. A la fin, il demande à son protagoniste de raconter ce qu’il a vécu – mais celui ci ne le peut pas, car l’histoire est si extraordinaire que personne ne le croirait. La légende reste à la légende.

De la même manière, à force de vouloir incarner ses mythes, peut-être la cosmétique se voue-t-elle au silence. Du coup, le mystère, ce qui ne peut être dévoilé sans risque de se soustraire, serait le principe essentiel de la cosmétique : ce qui fonde son discours et la rend éminemment désirable… La science, quant à elle, serait condamnée à demeurer en coulisse, développant la mécanique sur laquelle les rêves se construisent.

Cette crème qui se fond au cœur de la peau… comme un lapsus poétique du discours publicitaire… Comme une invitation inconsciente – enfin ! – à une vraie poétique cosmétique – et si l’industrie se mettait vraiment à croire en la beauté !